Un dispositif écologique innovant éprouvé
L’eau, source de vie pour toutes les composantes de la nature dont l’espèce humaine. Dans nos montagnes, son abondance et sa qualité contribuent aux activités humaines (pêche, randonnée en refuge, pastoralisme…). Mais cette ressource subit les effets du réchauffement climatique (baisse des précipitations, fonte précoce de la neige et des glaciers…). Nos activités humaines l’impactent également par leurs prélèvements ou leurs rejets. Il est indispensable de réduire les pressions exercées sur cette ressource afin qu’elle continue d’assurer nos besoins et ceux du reste du vivant. Une solution innovante d’épuration des effluents fromagers vient d’être éprouvée…
Patrimoine du Parc national, le pastoralisme revêt un enjeu territorial et économique fort notamment par une production fromagère importante en Béarn.
Mais la transformation du lait en fromage n’est pas sans conséquence sur les milieux aquatiques : le rejet du « petit lait » ou lactosérum, impacte la qualité de l’eau notamment lorsqu’il est rejeté dans ou à proximité d’une rivière ou d’un lac. Très riche en matière organique, ce résidu déséquilibre les milieux aquatiques (eutrophisation).
Pour exemple, un troupeau de 200 brebis en estive va produire 150 litres de lait par jour et, par voie de conséquence, après transformation en 28 kg de fromage, 120 litres de lactosérum soit l’équivalent de la charge organique produite par un village de 120 habitants par jour.
Une expérimentation aujourd'hui éprouvée
Sous l’égide de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques et avec le soutien financier de l’Agence de l’Eau Adour Garonne, de l’Etat et de l’Europe, le Parc national et le Département des Pyrénées-Atlantiques ont expérimenté une solution alternative pour le traitement des effluents issus de l’activité fromagère en estive et en plaine, avec l’appui technique des bureaux d’études David Chetrit Environnement et Lo Consult.
Le dispositif
Eaux blanches et lactosérum : deux effluents aux compositions distinctes à traiter distinctement.
Deux dispositifs complémentaires sont mis en œuvre sur un même site à proximité des ateliers de production fromagère.
Les eaux blanches :
Depuis l’atelier de fabrication, les eaux blanches sont évacuées jusqu’à un bac à graisse où la matière susceptible de colmater les tuyaux est piégée. Elle peut alors être évacuée par un regard.
Le lactosérum :
Le traitement biologique du lactosérum est basé sur le principe du filtre biologique sur un lit de compost. Le compost est positionné au sein de cylindres dimensionnés en fonction de la quantité de petit lait à traiter. La diffusion par aspersion du petit lait sur ces broyats de bois permet une dégradation de la quasi-totalité de sa matière organique par l’action des micro-organismes qui s’y développent.
En estive
En partenariat avec la Commission syndicale du Haut-Ossau et la commune de Bedous, propriétaires des lieux, les cabanes d’estives de La Hosse (vallée d’Ossau) et de Lurbe (vallée d’Aspe) ont ainsi été équipées.
Maxime BAJAS et Barbara VINERIER (GAEC de L’AOUDA) ont été moteurs dans la mise en place de cette installation à Lurbe : « En haute saison de traite, avec 350 brebis, nous produisons près de 200 litres de lait soit 160 litres de petit lait après transformation fromagère, indique le berger. Sans cochon à nourrir ni greuil à fabriquer, le filtre à compost était la seule solution pour éviter que ce résidu ne soit rejeté dans la nature. Ce dispositif ne demande pas d’entretien particulier et nous sommes soulagés de ne plus impacter la flore et la faune aquatiques. »
Le suivi de la qualité de l’eau a permis de conclure à l’efficacité du dispositif d’assainissement écologique avec une pollution divisée par 100.
Aujourd’hui agréé pour le traitement du lactosérum dans les cabanes d’estives et les exploitations agricoles, ce type de dispositif est éligible à l’accompagnement financier de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Département des Pyrénées-Atlantiques.
